André Eboa Mbwanga : Le dernier messager des ancêtres Sawa

Posted on Jan 14, 2012 in Peuple Sawa | Commentaires fermés sur André Eboa Mbwanga : Le dernier messager des ancêtres Sawa

André Eboa Mbwanga : Le dernier messager des ancêtres Sawa

ARTICLE du Quotidien MUTATIONS (écrit par Aristide EKAMBI – 13/01/12)

À 74 ans, il est l’unique patriarche à maîtriser le langage des tam-tams et de la nature.

Pour mesurer la dimension qu’a André Eboa Mbwanga Mbappè alias Rato, il fallait être sur les berges du fleuve Wouri lors de la messe des eaux le 5 décembre 2011. C’était pendant la clôture du Ngondo, la fête traditionnelle des Sawa. Un moment qu’il n’a plus manqué depuis 40 ans. C’est en 1967 qu’il flirte avec le rituel du Ngondo. C’est lui qui accueille les autorités traditionnelles à leur arrivée en jouant du tam-tam. «C’est le maître des tam-tam ou Bélimbi en langue Duala. C’est le dernier de sa génération», soutient Charles Dalle, membre de la cellule de communication du Ngondo. La plupart du temps, seuls les initiés sont capables de décoder le message qu’il véhicule à travers le son des tam-tams. «Et lorsqu’il est connecté à la nature, papa Rato ne parle plus. Il pousse de petits cris. On donne l’impression d’être entré en transes», explique Bruno Mangan président du «Nabas’k» groupe de danse et chants traditionnels Sawa.

Nabas’k
Le 5 décembre dernier, il a interpellé les chefs traditionnels sur l’importance de la paix. Dans un chant traditionnel appelé le «Ngosso» en langue duala, Rato rappelait aux autorités traditionnelles que seule la paix est capable de construire quelque chose de durable. Sans elle, rien n’est possible.
C’était un peu avant la remontée du vase sacré. Chose curieuse, le messager est remonté à la surface de l’eau avec un panier vide. «Les ancêtres n’ont rien envoyé», précisait le secrétaire général du Ngondo. Mais les ancêtres les interpellaient à travailler davantage à ce qu’il y’ait la paix au sein de la communauté Sawa. «Ce n’est qu’après avoir constaté cela par des actions concrètes, qu’ils enverront un cadeau à leurs fils», avait indiqué André Eboa Mbwanga. Très peu disert, mais courtois, il n’avait pas souhaité s’étendre sur ce qu’il l’avait inspiré à mimer ce chant un peu avant la remontée du vase sacré.

Il a néanmoins accepté de s’ouvrir pour parler de ses autres vies. L’après-midi du mercredi 8 décembre 2011, le vieux au teint noir, la corpulence moyenne souhaite que la discussion se déroule dans un bar en face de son domicile sis au lieu dit «petit Baobab» à Bonabéri. Un mégot de cigarette à la main gauche, il apparaît alors plus détendu. L’on apprendra d’ailleurs de ses proches qu’il n’arrête de fumer que lorsqu’il doit se coucher. S’exprimant en langue duala, il reste cependant cohérant dans ses idées du début à la fin de la conversation. Surtout qu’il est assisté de l’un de ses poulains Bruno Mangan, l’actuel président du «Nabas’k» qui l’aide à se souvenir de certaines dates. Même si à chaque fois la conversation est interrompue par ses nombreuses connaissances qui souhaitent lui arracher un sourire ou une tape amicale. Rato le père du Nabas’k à l’époque appelé «Ngoss’a besombè ba sawa duala» n’a manqué aucune tournée à l’étranger et à l’intérieur du Cameroun.

C’est lui qui a initié tous les batteurs de ce groupe depuis sa création en 1984. «Andréas» comme l’appelle affectueuse Huguette Croix Ngombè, chanteuse principale du groupe Nabas’k est quelqu’un d’imprévisible. «En 1999, alors que l’on se rendait à une compétition au Bénin et Côte d’ivoire. Il s’est levé et s’est mis à saluer tout le monde dans l’avion», raconte-t-elle. Mais personne ne pouvait lui demander de se rasseoir. «Tout simplement parce que c’est un personnage spécial. Et qu’il communique parfaitement avec la nature», tranche l’artiste Petit pays. Ce garant des traditions, us et coutumes ancestrales joue au tam-tam depuis l’âge de 7 ans. Passionné de musique traditionnelle, il est formé par son oncle John Dimodi qui guérissait aussi les gens à base des plantes. Ce qui lui permet de stopper ou de changer la direction d’un orage aussi puissant soit-il.

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