André Eboa Mbwanga : Le dernier messager des ancêtres Sawa

Posted on Jan 14, 2012 in Peuple Sawa | Commentaires fermés sur André Eboa Mbwanga : Le dernier messager des ancêtres Sawa

André Eboa Mbwanga : Le dernier messager des ancêtres Sawa

Sirènes
Le 8 avril 1995, l’artiste Petit pays l’a vécu en direct. C’était lors d’un de ses concerts au stade Mbappè Léppé sis à Akwa (Douala). Alors qu’une forte adverse se déversait sur la capitale économique depuis quelques jours, au stade Mbappè Léppé il ne s’est rien passé jusqu’à la fin du spectacle baptisé «le défi de Petit Pays». «Je me souviens que ce jour, un frison de doute m’a parcouru. Ce n’était pas facile, mais j’y suis arrivé», confesse Rato.
Entre 1995 et 1998, le même spectacle s’est reproduit d’abord à Babouamtou dans la région de l’Ouest Cameroun. «C’était lors de l’inhumation du défunt Koloko Lévis roi de la ferraille. Il a épaté les frères de l’Ouest. C’est quelqu’un de très spirituel et prudent», confie Bruno Mangan. Puis à Yaoundé, lors du baptême des enfants d’un de ses fils nommé Georges Dooh Collins.

«Cela ne fait pas de moi un sorcier. Je ne le suis d’ailleurs pas et je n’ai jamais versé du sang. Ces recettes que je concocte pour arrêter la pluie m’ont été léguées par mes défunts parents», rassure André Eboa Mbwanga. Rato ne se sert de ses dons que lorsqu’il y’a une réelle nécessité. Ce pêcheur issu du canton Bèlè bèlè de Bonabéri connaît tous les recoins du fleuve Wouri. Il est une bibliothèque pleine d’histoires du vécu des peuples de la côte. «Andréas» sait tout sur le mythe de la course des pirogues. Puisqu’il a lui-même été l’un des rameurs du canton Bélè bèlè de Bonabéri.
Et lorsqu’il se met à conter une histoire, il y ajoute de la manière au point de partager les sensations vécues avec son interlocuteur. Il affirme par exemple avoir déjà croisé des sirènes en pleine mer. «La première fois, elle avait le dos tourné. La sirène était assise sur un tronc d’arbre. Ma pirogue ayant fait du bruit cela a suffit pour l’a chassé. La 2ème fois, c’était tout un groupe qui travaillait. J’étais à une bonne distance d’eux. J’ai donc pu rebrousser chemin. J’allais à la pêche», raconte –t-il.

Oeuvre
Rato explique que pour savoir si les males des sirènes sont dans les parages, des indices tels qu’un palétuvier ou un arbre planté en pleine mer suffit à attirer l’attention de l’initié. Ses prouesses, on ne les vante plus. «Rassembleur et travailleur, c’est le seul véritable messager des ancêtres de sa génération qui nous reste», renchérit Rudolph Doualla Priso, chanteur d’abbasside (danse traditionnelle des sawa).
C’est fort de cela qu’il s’est engagé depuis 1997 à travailler avec les jeunes. Dans le but de transmettre à ceux qui le voudront bien des savoirs qui lui ont été légués par les ancêtres. Fils d’un charpentier et planteur qui a vu le jour en 1937 à Bonabéri, il est Aujourd’hui âgé de 74 ans. Rato est toujours vêtu de vêtements de couleur noire.

Ce qui s’explique peut-être par le fait qu’il n’ait jamais cessé de pleurer son défunt unique fils. Surtout que quelques années après la mort de leur fils, son épouse aussi décède. Rato ne s’est plus remarié. Il partage son domicile avec ses neveux. Depuis lors, Rato joue du tam-tam à toutes les grandes cérémonies des Sawa. Il assiste à tous les deuils, ceux des patriarches et chefs traditionnels. C’est lui qui grâce au son de ses tam-tams annonce leur venu aux esprits de l’au-delà. Elevé par son oncle John Dimodi, il va très vite manifester son désir d’apprendre à jouer au tam-tam. A cette époque, cet instrument était considéré comme le téléphone des villageois. C’est ainsi qu’il s’amusait à jouer celui de son oncle durant son absence ou lorsque ce dernier se reposait.

Ayant décelé en son neveu André Eboa Mbwanga des prédispositions naturelles à devenir un «excellent» batteur. A l’âge de 20 ans (1957), son oncle se décide de le former. Il lui lègue le don de guérison à base des plantes. Il va poursuivre son apprentissage auprès d’autres initiés et affiné sa technique. Lui qui s’est limité au cours élémentaire deux années (CE2) a décidé de transmettre aux autres ce qu’il a reçu.
De nombreux jeunes sont passés par son école d’initiation. Mais très peu maîtrisent la technique du langage des tam-tams. Deux de ses acolytes semblent l’avoir acquise. Ils l’accompagnent à chacune de ses sorties. Il s’agit de Mussongo et Epée du canton Bèlè bèlè de Bonabéri. Il y’a quelques années, il s’était lancé dans la formation des jeunes du canton Bakoko de Japoma.
Cette mission il l’a confié à Bruno Mangan président du Nabas’k un autre de ses dauphins. «A chacun d’eux, j’ai appris quelque chose afin qu’ils soient tous complémentaires. C’est un choix qui va les obliger à demeurer unis et à solliciter chacun les services de l’autre», révèle-t-il. Son voeu le plus cher est qu’il transmette à ses dauphins au moins la moitié de sa science.

Repères
Né : en 1937 à Bonabéri Douala
Profession : Pêcheur et maître des batteurs de tam-tams chez les Sawa. Le dernier initié à ce mode de communication encore en vie.
1967 : Il devient batteur du Ngosso et de l’Essawè au Ngondo, et il a une maîtrise de tous les genres musicaux à vocation traditionnels.
1984 : début initiation des batteurs du groupe de danse folklorique traditionnel «Nabas’k»
1995 : Il dévoile son aptitude à arrêter ou détourner les orages et pluies
1999 : Il va en tourné avec le «Nabas’k» à Cotonou au Bénin et en Côté d’Ivoire.

ARTICLE du Quotidien MUTATIONS (écrit par Aristide EKAMBI – 13/01/12)

Relayé par Cyrille Ekwalla

Pages: 1 2